• 13 December 2025

Un agriculteur amputé des Hauts-de-France alerte sur la dangerosité du métier face à la hausse des accidents graves.

Accidents agricoles : un agriculteur amputé témoigne et les organismes professionnels alertent face à une recrudescence des drames Onze agriculteurs ont été victimes d’accidents graves sur leur lieu de travail au cours des six derniers mois dans les Hauts-de-France. Face à cette situation, la Chambre d’agriculture et la Mutuelle sociale agricole (MSA) ont lancé un avertissement, illustré par le témoignage d’un agriculteur amputé. Les accidents du travail constituent une source d’inquiétude majeure pour les professionnels du secteur agricole. En octobre 2025, un exploitant de 37 ans a été grièvement blessé au pied par une arracheuse de pommes de terre à Hébuterne, au sud d’Arras. Précédemment, en juillet, Sébastien Bocquillon, président de la Chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais, est décédé à 48 ans après une chute depuis une moissonneuse-batteuse. La Chambre d’agriculture des Hauts-de-France rapporte que 70 % des accidents sont liés à l’utilisation de machines agricoles. Sur une période de six mois, une dizaine d’accidents graves ont été recensés dans la région. Cette observation a conduit l’organisation à sonner l’alarme, bien que le phénomène ne soit pas nouveau. **Didier Depraetere, amputé en 2019** Didier Depraetere, agriculteur à Bersée, n’oubliera pas l’automne 2019, lorsque sa vie a été profondément modifiée. Une bétaillère est tombée sur son pied, entraînant l’amputation de sa jambe gauche. Il attribue l’accident à « une demi-seconde d’inattention », expliquant n’avoir « simplement pas vérifié quelque chose avant d’enlever la béquille ». Il reconnaît que les agriculteurs sont parfois pressés et trop confiants, les gestes routiniers pouvant masquer les risques. Il souligne également que « plus les machines sont grosses, plus elles sont dangereuses ». Carole Bernacki, responsable du service prévention des risques professionnels à la Mutuelle sociale agricole (MSA) du Nord-Pas-d e-Calais, identifie des facteurs comportementaux fréquents à l’origine de ces drames. Elle cite la fatigue, la nécessité de se dépêcher en fonction des conditions météorologiques, et le manque de temps pris pour comprendre le fonctionnement d’une nouvelle machine. La MSA a apporté un soutien significatif à Didier Depraetere. Suite à son amputation, l’agriculteur a suivi une longue rééducation au sein de l’association L’Espoir. Il a exprimé la nécessité de reprendre ses activités rapidement, car son épouse gérait seule l’exploitation pendant l’hiver. Il a testé sa nouvelle prothèse et a effectué des exercices pour s’habituer, cherchant à rentrer le plus vite possible pour reprendre le travail. Cependant, Didier Depraetere et son épouse ont été contraints de renoncer à une partie de leur activité. Après trois ans passés à tenter de maintenir leur élevage, principalement géré par son épouse, ils ont réduit leur troupeau de 120 à une vingtain e de vaches laitières afin de se consacrer davantage à la culture. La MSA a également contribué à l’amélioration de l’ergonomie de son exploitation, en l’aidant à acquérir un escabeau protégé et du matériel à roulettes pour faciliter l’accès sous les tracteurs, des aménagements qui ont permis d’améliorer la situation. **Prévenir et former pour éviter le pire** Chaque année, la MSA accompagne plusieurs centaines d’exploitations dans le Nord et le Pas-de-Calais, grâce à une équipe de huit conseillers. Thierry Petit, l’un d’eux, explique leur rôle : « Par exemple, si on doit installer un système de contention pour les vaches, on va travailler sur la façon de positionner le système pour faire rentrer les animaux pour que ce soit fonctionnel ». Son travail repose également sur une écoute attentive des exploitants agricoles pour les orienter vers des solutions, en soulignant que ce sont eux qui guident les choix à faire. Les facteurs de risque sont multip les et incluent les conditions météorologiques, les dérèglements climatiques, les contraintes économiques, et les problèmes familiaux, les exploitations agricoles étant souvent des structures familiales sujettes à des tensions. En réponse à ces enjeux, la MSA propose des formations et organise des journées techniques dédiées à des matériels spécifiques. Thierry Petit réaffirme la nécessité pour les agriculteurs de prendre conscience que « ça peut très vite basculer ». Carole Bernacki, quant à elle, apporte une note d’espoir en observant que les jeunes générations d’agriculteurs sont plus attentives à leurs conditions de travail. Elles reconnaissent la pénibilité importante de la profession et sont plus enclines à prendre des congés et à s’accorder des temps de repos.